Russie : Viabilité Commerciale
Et Risque Pays
L'économie russe a résisté aux premières sanctions de 2022 mieux que prévu, en affichant une croissance réelle de 4,1 % en 2024.
Mais la dynamique s'est retournée : la croissance a chuté à 1,0 % en 2025 — le troisième trimestre n'ayant progressé que de 0,6 % en glissement annuel — et les prévisions officielles pour 2026 convergent vers 0,9 %. L'inflation s'est établie à 9,3 % en 2025, la Banque centrale maintenant des taux directeurs élevés qui pénalisent l'investissement privé, tandis que le déficit budgétaire a presque doublé pour atteindre 6,9 trillions de roubles, soit 3,2 % du PIB.
La tension structurelle qui définit la Russie aujourd'hui est la suivante : un État en guerre finance ses opérations militaires au détriment de l'économie civile, des investisseurs étrangers et de l'État de droit. Les dépenses de défense officiellement planifiées atteignent 12,93 trillions de roubles (161,6 milliards de dollars) pour 2026, évincant l'investissement privé et les dépenses d'innovation. Sur 547 entreprises étrangères ayant quitté le pays depuis 2022, seules 23 transactions de sortie ont eu lieu en 2025 — non parce que la confiance est revenue, mais parce que les décotes imposées par le Kremlin (60 % sur la valeur des actifs) rendent les exits eux-mêmes peu rentables. Pour un investisseur ou un opérateur étranger, la question n'est pas de savoir si la Russie est risquée, mais si elle est praticable.
Le PIB nominal de la Russie s'établissait à 2 160 milliards de dollars en 2024 et a reculé à 2 080 milliards en 2025, la dépréciation du rouble comprimant la valeur en dollar malgré une activité réelle qui se poursuit.[Statista] En parité de pouvoir d'achat, la Russie reste la quatrième économie mondiale avec 7 190 milliards de dollars en 2025 — un chiffre qui illustre davantage la taille de la population et les coûts locaux bas que la productivité ou la compétitivité internationale.[Statista]
La décélération de 2025 n'est pas un accident de conjoncture : elle reflète une politique délibérée. Les dépenses militaires occupent la place que devraient tenir l'investissement productif et l'innovation. La Banque centrale russe a maintenu des taux directeurs élevés pour contenir une inflation à 9,3 % en 2025 — ce qui pénalise directement le crédit aux entreprises et l'investissement privé.[Trading Economics] Les projections pour 2026 convergent vers 0,9 % de croissance réelle, avec une inflation qui ne reviendrait à 5,5 % qu'en 2026, selon les données compilées par Statista.[Statista]
La dette publique reste relativement contenue à 22,5 % du PIB en 2026, ce qui donne à Moscou une marge de manœuvre budgétaire apparente.[Statista] Mais le déficit budgétaire — 3,2 % du PIB en 2025, presque le double de l'année précédente — indique que cette marge s'érode rapidement. Les réserves accumulées avant 2022 (environ 700 milliards de dollars, dont une partie gelée par les sanctions) s'amenuisent comme tampon face aux besoins de financement de la guerre.
La Russie dépend désormais de la Chine pour plus de la moitié de ses importations — une asymétrie qui grandit.
Le pivot vers l'Asie a sauvé l'économie russe du choc initial des sanctions, mais à un coût structurel croissant.
Avant 2022, l'Union européenne absorbait une part dominante des exportations énergétiques russes. En 2025, les exportations vers l'UE représentent environ 8 % du total.[GIS Reports] La Chine et l'Inde combinées comptent pour environ 41 % des exportations, la Chine seule représentant 27 à 33 %.[GIS Reports] Cette recomposition s'est faite à prix bradés : les acheteurs asiatiques bénéficient de décotes substantielles sur le pétrole et le charbon russes, ce qui comprime les recettes par baril ou par tonne exportée.
Du côté des importations, la dépendance envers la Chine est encore plus marquée. Les achats en provenance de Chine représentaient 45 à 53 % du total des importations russes en 2024–2025, portant principalement sur des biens de consommation, des produits chimiques et des machines.[GIS Reports] Les importations de biens d'investissement ont en revanche reculé de 8,7 % en 2025 — signal que la Russie manque des équipements nécessaires à la modernisation industrielle, les restrictions à l'exportation de technologies occidentales bloquant l'accès aux machines-outils et semi-conducteurs les plus avancés.[IIF]
L'excédent courant a chuté à 30 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2025, contre 49 milliards sur la même période de 2024.[GIS Reports] Les exportations d'énergie représentaient 54,9 % du total des exportations en 2025, contre 61,6 % en 2024 — la combinaison de bas prix du pétrole et des quotas OPEP+ pesant sur les volumes. Les corridors logistiques alternatifs (Route maritime du Nord, couloirs vers l'Asie centrale) sont évoqués dans la presse spécialisée mais aucune source nommée avec des volumes de fret précis n'a été identifiée pour 2025–2026 : ce point reste une lacune documentaire.
547 entreprises sont parties, mais les conditions de sortie imposées par Moscou piègent désormais celles qui restent.
Rester en Russie n'est plus un choix stratégique pour la plupart des multinationales — c'est une contrainte réglementaire.
Depuis l'invasion de février 2022, 547 entreprises étrangères ont quitté définitivement la Russie — soit 12,8 % des firmes internationales présentes avant la guerre — selon les données du KSE Institute compilées jusqu'en janvier 2026.[KSE Institute] Parmi les 80 départs recensés en 2025 figurent Nokia, ABB, Allianz, Dentsu et Roland Corporation. Plus de 55 % des entreprises initialement présentes continuent cependant d'opérer, souvent à profil bas.[B4Ukraine]
Le rythme des exits s'est effondré : 202 transactions en 2022, 111 en 2023, 63 en 2024, 23 seulement en 2025.[B4Ukraine] Cette décélération ne traduit pas un regain de confiance : elle reflète les barrières à la sortie érigées par Moscou. La Commission gouvernementale russe exige une décote de 60 % sur la valeur des actifs et une contribution « volontaire » de 35 %, ce qui rend les exits financièrement insoutenables pour de nombreuses entreprises. De fait, des dizaines de dossiers complexes (structures multi-juridictions, litiges en cours) sont en attente d'approbation.
Le gouvernement russe a ouvert en mai 2025 des discussions sur un cadre permettant le retour d'investisseurs étrangers, mais avec une restriction significative : les entreprises ayant quitté après février 2022 se verraient limiter dans leur droit de rachat.[Morgan Lewis] Ce signal illustre la logique sous-jacente : Moscou cherche à attirer de nouveaux capitaux sans récompenser ceux qui ont choisi de partir. Aucun retour confirmé d'une entreprise occidentale sous une structure révisée n'a été documenté à la date de ce rapport.
L'État russe étend son contrôle sur les actifs privés — et le système judiciaire n'offre aucun recours fiable.
Ce n'est pas un risque théorique : c'est la mécanique documentée d'un régime qui finance une guerre sur le dos de l'économie civile.
L'environnement juridique russe est caractérisé par une forte intervention de l'État, une faible transparence et des changements de politique imprévisibles.[Eurasiagroup] Le système est structurellement orienté en faveur de l'État : les tribunaux russes ne constituent pas un mécanisme de recours fiable pour les entreprises étrangères confrontées à des décisions administratives ou à des saisies d'actifs. Le régime du Kremlin a consolidé son contrôle tout en réprimant la dissidence, garantissant une stabilité apparente au sommet mais une incertitude élevée pour les acteurs économiques.[Eurasiagroup]
La pression fiscale s'est intensifiée. Le Service fédéral des impôts (FTS) multiplie les contrôles, les amendes et les redressements pour compenser le déficit budgétaire.[The Moscow Times] L'impôt sur les sociétés a été relevé à 25 % au 1er janvier 2026 (contre 20 % précédemment), et la TVA à 22 %. Ces hausses n'ont pas généré la croissance de recettes attendue, les bénéfices des entreprises ayant reculé dans l'intervalle.[BoF Bulletin]
La recherche documentaire menée pour ce rapport n'a pas permis d'identifier des cas nommés et datés de 2025–2026 de saisies formelles d'actifs étrangers ou de nationalisations judiciaires. Cette lacune est elle-même informative : soit ces actions se déroulent hors de tout cadre public documenté, soit elles prennent des formes indirectes (pression réglementaire, refus d'approbation, gel administratif) difficiles à tracer dans les sources Tier 1 et Tier 2 accessibles. Le risque réel ne peut donc être mesuré avec précision, mais il est confirmé dans son existence par le comportement des entreprises : 202 sorties en 2022 ne s'expliquent pas sans une menace perçue comme immédiate et crédible.
Moscou a relevé les impôts pour financer la guerre, mais les recettes supplémentaires ne couvrent pas le déficit.
La hausse de l'IS à 25 % et de la TVA à 22 % en 2026 alourdit les coûts d'exploitation sans améliorer la stabilité macroéconomique.
La Russie a procédé à deux hausses fiscales majeures au 1er janvier 2026 : l'impôt sur les bénéfices des sociétés est passé de 20 % à 25 %, et la TVA de 20 % à 22 %.[BoF Bulletin] Ces augmentations ont été conçues pour générer des recettes supplémentaires permettant de contenir le déficit budgétaire — qui a atteint 6,9 trillions de roubles en 2025, presque le double de l'année précédente et 3,2 % du PIB projeté.[The Moscow Times]
Les effets attendus ne se sont pas matérialisés comme prévu : la hausse de l'IS n'a pas entraîné de croissance des recettes fiscales sur les sociétés en 2026 en raison du recul parallèle des bénéfices des entreprises.[BoF Bulletin] La hausse de la TVA devait, elle, générer une augmentation de 20 % des recettes de TVA — mais cette projection dépend d'une consommation intérieure qui est elle-même contrainte par des taux directeurs élevés. La dette publique, à 22,5 % du PIB en 2026, reste basse par rapport aux standards OCDE, mais la trajectoire du déficit (0,9–1,1 % prévu pour 2026–2027) indique une dégradation continue.[Statista]
Pour les entreprises opérant en Russie, l'effet combiné est un environnement fiscal significativement plus coûteux qu'en 2021, sans amélioration de la sécurité juridique ni de la prévisibilité réglementaire. Les informations sur les règles de rapatriement des bénéfices, les contrôles de change et les obligations de conformité aux sanctions pour les entités à actionnariat étranger partiel restent fragmentaires dans les sources accessibles — ce qui est lui-même un signal sur l'opacité du cadre réglementaire russe actuel.
La souveraineté numérique est une priorité d'État, mais l'isolement technologique creuse l'écart avec le reste du monde.
Les restrictions à l'exportation de semi-conducteurs et de logiciels privent la Russie des briques fondamentales de la modernisation numérique.
Le gouvernement russe a identifié la souveraineté numérique et le développement de l'intelligence artificielle comme des priorités stratégiques nationales.[Eurasiagroup] Des plateformes domestiques comme Yandex (moteur de recherche, cartographie, services financiers), VKontakte et les services de Mail.ru Group continuent d'opérer, mais les données publiques sur leurs revenus 2024–2025, leurs effectifs ou leurs marges n'ont pas été trouvées dans les sources accessibles pour ce rapport. Cette absence de transparence est elle-même caractéristique de l'environnement informationnel russe post-2022.
Les restrictions américaines et européennes à l'exportation de semi-conducteurs avancés et de logiciels professionnels constituent l'obstacle structurel le plus immédiat à la modernisation technologique russe. Sans accès aux puces de dernière génération (NVIDIA, TSMC) ni aux environnements cloud et logiciels d'entreprise occidentaux (Microsoft Azure, SAP, Oracle), les entreprises russes sont contraintes de s'appuyer sur des alternatives chinoises souvent moins performantes ou de développer des substituts domestiques coûteux et lents à déployer. Les importations de biens d'investissement ont reculé de 8,7 % en 2025 — confirmation que ces restrictions mordent sur la capacité industrielle réelle.[IIF]
Les données quantitatives sur le secteur IT russe — revenus totaux, taux de pénétration d'Internet, effectifs du secteur, financement du Programme national d'économie numérique — ne sont pas disponibles dans les sources accessibles pour 2025–2026. La confiance de cette section est donc plafonnée à MEDIUM. Ce qui est certain : la contraction de l'accès aux technologies occidentales crée un déficit d'innovation qui se comblera difficilement dans un horizon de trois à cinq ans, quelle que soit l'issue du conflit en Ukraine.
Trois scénarios, une constante : la Russie reste un environnement à risque élevé pour les trois à cinq prochaines années.
Le scénario de base — poursuite de la guerre, croissance anémique, isolement prolongé — est de loin le plus probable.
Le scénario de base — continuation du conflit en Ukraine, croissance réelle inférieure à 1,5 %, maintien des sanctions occidentales et dépendance croissante à la Chine — concentre la probabilité la plus élevée. Il est soutenu par la trajectoire actuelle des dépenses militaires (161,6 milliards de dollars planifiés pour 2026), la dynamique des sanctions (les États-Unis ont intensifié les saisies de tankers de la « flotte fantôme » fin 2025), et l'absence de signal diplomatique crédible d'une désescalade structurelle.[War on the Rocks]
- Maintien des sanctions occidentales
- Prix du pétrole entre 60 et 80 dollars le baril
- Absence de percée diplomatique
- Dépenses militaires supérieures à 10 % du PIB
- Accord de cessez-le-feu en Ukraine
- Allégement sélectif des sanctions américaines et/ou européennes
- Retour d'entreprises étrangères sous nouvelles structures
- Effondrement des prix du pétrole sous 50 dollars
- Revers militaires significatifs en Ukraine
- Déstabilisation politique interne ou changement de régime non anticipé
- Escalade des saisies d'actifs privés
Le scénario haussier — cessez-le-feu négocié, allégement partiel des sanctions, retour d'une partie des entreprises étrangères — est possible mais conditionné à des changements politiques que rien dans les données 2025–2026 ne préfigure. Même dans ce cas, la reconstruction de la confiance des investisseurs prendrait plusieurs années, et les conditions imposées par Moscou aux entreprises ayant quitté (limitation des droits de rachat) décourageraient les retours rapides.[Morgan Lewis]
Le scénario baissier — choc militaire ou économique, déstabilisation politique interne, accélération de l'intervention étatique dans l'économie — est moins probable à court terme grâce à la consolidation du pouvoir par Poutine, mais sa probabilité augmente si les revenus pétroliers chutent durablement ou si des revers militaires majeurs surviennent. Dans ce scénario, la saisie d'actifs privés (domestiques autant qu'étrangers) deviendrait un mécanisme de financement de guerre explicite.[Eurasiagroup]
Key things to remember
About About this report
Ce rapport couvre l'environnement économique, commercial, politique et réglementaire de la Russie en 2025–2026, à destination de toute personne évaluant l'opportunité ou le risque d'une présence dans ce pays.
Chercheurs, investisseurs, dirigeants d'entreprise et consultants ayant besoin d'une vue d'ensemble fondée sur des sources nommées pour une décision préliminaire d'entrée ou de sortie de marché.
Ren a synthétisé des données issues de sources Tier 2 (Statista, Trading Economics, KSE Institute, GIS Reports, Bank of Finland Bulletin) en l'absence de données Tier 1 récentes directement accessibles de l'IMF, de la Banque mondiale ou de Rosstat pour 2025–2026.
La majorité des données provient de 2024–2025 ; certains chiffres structurels datent de 2023 et sont signalés comme tels ; l'absence de sources Tier 1 directes plafonne la confiance à MEDIUM-HIGH sur plusieurs sections.
Sources Sources et méthodologie
Recherche menée le 20 Apr 2026. Toutes les statistiques comportent des marqueurs de citation en ligne.
Part des importations chinoises dans le total des imports russes — GIS Reports : 35–45 % en 2024–2025 vs Russia's Pivot to Asia : 45–53 % en 2024–2025. Ce rapport use la fourchette large 45–53 % pour 2024–2025 en reconnaissant l'incertitude ; les deux sources convergent sur la direction (hausse forte) même si les niveaux diffèrent.
Aucune source Tier 1 directe (IMF, Banque mondiale, Rosstat, PwC Russia, KPMG) n'a été disponible pour les données 2025–2026. Toutes les données macroéconomiques proviennent de plateformes Tier 2 (Statista, Trading Economics) qui agrègent ces sources secondairement. La confiance sur les sections économiques est plafonnée à MEDIUM-HIGH en conséquence.
Les règles de rapatriement des bénéfices, les contrôles de change détaillés et les obligations de conformité aux sanctions pour les entités à actionnariat étranger partiel n'ont pas été documentés dans les sources accessibles. Cette lacune est significative pour toute entreprise évaluant une présence opérationnelle en Russie.
Les données sur l'économie numérique russe en 2025–2026 — revenus du secteur IT, taux de pénétration d'Internet, statut du Programme national d'économie numérique, données financières de Yandex ou VKontakte — sont absentes des sources accessibles. La section correspondante est plafonnée à MEDIUM.
Aucun cas nommé et daté de saisie formelle d'actifs étrangers ou de nationalisation judiciaire en 2025–2026 n'a été identifié dans les sources publiques. Cette absence ne signifie pas l'absence du risque, mais empêche toute quantification précise.
Les données sur les volumes de fret et les coûts de transit sur les corridors logistiques alternatifs (Route maritime du Nord, corridors Asie centrale) sont absentes. Aucune source nommée avec des chiffres précis pour 2025–2026 n'a été trouvée.
Ce rapport est produit à des fins informatives uniquement. Il ne constitue pas un conseil financier, juridique ou d'investissement. Toutes les données proviennent d'informations publiquement disponibles à la date de la recherche. Renatus Ventures ne fait aucune déclaration quant à l'exhaustivité ou l'exactitude des données de tiers.